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Poèmes

Samedi 7 octobre 2006



Une goutte tombe. Une autre à sa suite. Elles laissent de petites traces foncés sur le gris bitume, comme des taches d’encre. Un rideau de pluie. La trajectoire des gouttes teinte la vision de blanc. Au loin, des lambeaux de brume s’élèvent vers le ciel, nuages avortés comme autant de soupirs.

Bruit de la pluie. Le battement régulier d’un milliard de coeurs liquides dans le silence mélancolique. Pages tournées des livres jaunes. En attendant. Un calme suréaliste. On ne dit rien. On patiente. Parfois, le tonnerre roule doucement, comme le ronronnement d’un gigantesque animal. L’escalier craque. La gouttière chante et déborde.

Douceur de pluie. Les gouttes qui roulent sur la peau nue, collant le tissu au corps. Les larmes glacées des cieux imbibent les cheveux, les foncent. Le vent qui carresse et qui gêle en même temps gifle les jambes du pantalon. Le froid de la vitre sur le front brûlant, la chaleur de la tasse de thé dans les mains.

Odeur de pluie. Âcre et sucrée. Suave. Indéfinissable. Omniprésente, entêtante, et pourtant si agréable... Odeur de la menthe sauvage sous les gouttes d’eau. Une odeur d’inachevé. Comme un regret de déluge purificateur. Une réminiscence de la mer. Une senteur de sel et d’iode cachée que l’eau du ciel révèle. Un secret que tout le monde connaît sans connaître.

Goût de pluie. Tête renversée, laissant le ciel nous abreuver. Une saveur particulière qu’aucune eau minérale n’a. Une saveur de feuilles et de fleurs mêlée... aux gaz polluants de la ville. Peu importe. Ce goût, on l’a connu enfant, on rêve de le retrouver une fois adulte. Mais on s’en empêche, mâchonnant son mégot. Fichues convenances !

Par Yasha-kun
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Samedi 7 octobre 2006



Une baleine d'acier traverse les nuages comme un rêve. Son chant mécanique s'élève dans le silence.

Angoisse.

Transpercée par ses mots comme par autant de balles, je reste glacée et frissonnante. Encore et encore, l'Amour coule de moi comme une sève poisseuse. Stérile, elle ne touche que le bitume souillé sans attirer le moindre regard. Seuls les chats errants en laperont quelques gouttes à même ma peau.

Et quand mes os seront secs et que plus rien n'irriguera mon coeur, je ne ne pourrais plus que regretter le temps où je souffrais en saignant.

Solitude.

Par Yasha-kun
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Vendredi 13 octobre 2006



C'est une maison blanche,
Grande et vide,
Figée dans le silence
De ton corps livide.
Et là, derrière,
Un lac sombre et froid.
Tes yeux ont le même vert.
Tes mains glacées, tes doigts,
Agrippent les rideaux, retiennent de l'air.
Et chacune de tes portes s'ouvre sur l'enfer.
C'est une maison sanglante
Habitée de tout un peuple d'ombres,
De choses qui bougent, des griffes luisantes,
Tristes murmures dans les corridors sombres.
Et tu erres, toujours seule,
Tes cheveux blancs comme un linceul
Flottant sur tes épaules nues.
Je rêve de toi, ma trouble inconnue !
Par Yasha-kun
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Vendredi 13 octobre 2006



Tu es comme le sable :
Douce, chaleureuse, insaisissable.
À deux mains, on te déchire
Mais on ne peut te détruire.

Tour à tour, forte comme la pierre
Et fragile comme du verre,
Tour à tour bouclier
Et fleur délicate à protéger...

De tes doigts surgissent un univers,
Accords mineurs et musique légère,
Où se déploient tes rêves

Comme des corolles surnaturelles,
Pétals légers et teintes pastelles,
Toi mon autrui, la nouvelle Êve !
Par Yasha-kun
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Samedi 21 octobre 2006



Lien végétal entre ciel et terre.

Une tige s'élance et s'enracine dans les nuages au travers des musiques immortelles.

Symphonie d'atomes fluides.

Silence et fusion.

Un mouvement infime, à peine l'ombre d'un battement de cil, entraîne un tonnerre d'accords qui roulent dans l'infini de l'Être.

Le fleuve suit son cours, s'engouffre dans le canal de l'âme, explose dans les oreilles, rejaillit dans l'esprit, détruit tout sur son passage dans un chaos énorme, pour mieux révéler sa cohérence.

Cordon ombilical où fleurissent les vérités.

Par Yasha-kun
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