C'est une maison blanche, Grande et vide, Figée dans le silence De ton corps livide. Et là, derrière, Un lac sombre et froid. Tes yeux ont le même vert. Tes mains glacées, tes doigts, Agrippent les rideaux, retiennent de l'air. Et chacune de tes portes s'ouvre sur l'enfer. C'est une maison sanglante Habitée de tout un peuple d'ombres, De choses qui bougent, des griffes luisantes, Tristes murmures dans les corridors sombres. Et tu erres, toujours seule, Tes cheveux blancs comme un linceul Flottant sur tes épaules nues. Je rêve de toi, ma trouble inconnue !
Je n'ai pas dormi de la semaine,
Mon lit est devenu mon cercueil.
Je ne peux respirer, je ne peux parler.
Ma tête est comme une bombe, en attente...
Prend mon cur et prend mon âme,
Je n'en ai plus besoin.
La personne que j'aime
M'a mise à genoux,
Me noyant dans mes rêves,
Encore et encore,
Me descendant plus profondément.
Hypnotisé par la nuit... Se dressant silencieusement derrière moi, Le vide, le néant Brûle un trou en moi. Prend ma foi et prend ma fierté, Je n'en ai plus besoin.
Ce lit est devenu ma chapelle de pierre, Un jardin de ténèbres où je me suis jeté, Alors prend ma vie, je n'en ai plus besoin.
Une baleine d'acier traverse les nuages comme un rêve. Son chant mécanique s'élève dans le silence.
Angoisse.
Transpercée par ses mots comme par autant de balles, je reste glacée et frissonnante. Encore et encore, l'Amour coule de moi comme une sève poisseuse. Stérile, elle ne touche que le bitume souillé sans attirer le moindre regard. Seuls les chats errants en laperont quelques gouttes à même ma peau.
Et quand mes os seront secs et que plus rien n'irriguera mon coeur, je ne ne pourrais plus que regretter le temps où je souffrais en saignant.
Une goutte tombe. Une autre à sa suite. Elles laissent de petites traces foncés sur le gris bitume, comme des taches dencre. Un rideau de pluie. La trajectoire des gouttes teinte la vision de blanc. Au loin, des lambeaux de brume sélèvent vers le ciel, nuages avortés comme autant de soupirs.
Bruit de la pluie. Le battement régulier dun milliard de coeurs liquides dans le silence mélancolique. Pages tournées des livres jaunes. En attendant. Un calme suréaliste. On ne dit rien. On patiente. Parfois, le tonnerre roule doucement, comme le ronronnement dun gigantesque animal. Lescalier craque. La gouttière chante et déborde.
Douceur de pluie. Les gouttes qui roulent sur la peau nue, collant le tissu au corps. Les larmes glacées des cieux imbibent les cheveux, les foncent. Le vent qui carresse et qui gêle en même temps gifle les jambes du pantalon. Le froid de la vitre sur le front brûlant, la chaleur de la tasse de thé dans les mains.
Odeur de pluie. Âcre et sucrée. Suave. Indéfinissable. Omniprésente, entêtante, et pourtant si agréable... Odeur de la menthe sauvage sous les gouttes deau. Une odeur dinachevé. Comme un regret de déluge purificateur. Une réminiscence de la mer. Une senteur de sel et diode cachée que leau du ciel révèle. Un secret que tout le monde connaît sans connaître.
Goût de pluie. Tête renversée, laissant le ciel nous abreuver. Une saveur particulière quaucune eau minérale na. Une saveur de feuilles et de fleurs mêlée... aux gaz polluants de la ville. Peu importe. Ce goût, on la connu enfant, on rêve de le retrouver une fois adulte. Mais on sen empêche, mâchonnant son mégot. Fichues convenances !